Certaines factures de la Ville de Versoix liées à l’audiovisuel interrogent.

Le service communication de la ville de Versoix est dirigé par le Secrétaire général, directeur de l’administration et responsable des ressources humaines. Récemment encore, lors de la législature 2015-2020, la stratégie et les budgets étaient discutés au sein de la commission “Culture et communication”. Ce service est désormais rattaché à la commission “Finances, administration et économie” (le volet administration regroupe notamment les ressources humaines et la communication). Et, selon des sources avisées, la communication ne ferait plus l’objet de discussions, voire ne serait plus jamais abordée en réunion.

En début d’année, la rédaction a contacté la Mairie de Versoix pour l’obtention d’informations concernant les dépenses communales liées à la communication audiovisuelle. La demande a consisté à pouvoir accéder aux factures liées aux productions audiovisuelles et journalistiques réalisées entre 2016 et 2020. Suite à divers refus de la mairie, contact a été pris avec le bureau du préposé cantonal à la Protection des données et à la Transparence (LIPAD), lequel est intervenu à plusieurs reprises entre janvier et avril. Une médiation a été organisée à sa demande en mars, mais elle a échoué. Ensuite de quoi, le préposé (LIPAD) a rendu ses recommandations à l’Administration communale. Toutes en faveur de la rédaction, qui a précisé ses requêtes : toutes les factures « médias audiovisuels » d’un montant supérieur à 500 francs.

Voici la partie des éléments reçus méritant des commentaires :

La facture du débat organisé par la mairie de Versoix pour les élections de 2020.

La Mairie de Versoix a organisé un débat controversé à l’occasion des élections de 2020. Le coût de cette prestation audiovisuelle est de 5 815,80 francs pour la prise de vue de la séance de présentation des candidats (le 19 février). Le journaliste/présentateur/modérateur a été facturée 1 040 francs.


25’687 francs, c’est le montant facturé pour des reportages dits non-polémiques” commandés à Léman Bleu.

Le 25 septembre 2017, le groupement des communes de la Rive droite convient d’un accord avec la chaîne Léman Bleu pour la commande et la réalisation de reportages dits “non-polémiques” sur des aspects de la vie communale. Mais l’opération n’aura duré qu’une année après avoir fait l’objet d’une dénonciation auprès de l’Office fédéral à la communication (OFCOM) par une association onésienne (une commune où ce type de programmes était également réalisé). L’OFCOM, reconnaissant le bien-fondé de la plainte, a qualifié ces reportages d’achat d’antenne.
Toujours est-il que Versoix a consacré 25’687 francs à la réalisation de ces reportages dits “non-polémiques”.

Concernant les autres productions audiovisuelles, les choses se compliquent. La rédaction n’a en effet reçu qu’une facture correspondant aux 22 vidéos que la Commune a placé sur sa chaîne sur Youtube (l’installation du Conseil municipal). Rien sur le coût des films de la Fête de l’Escalade, ni du 1er août et encore moins du reportage de présentation de la ville de Versoix ou des 12 films de drônes réalisés entre 2018 et 2020.

Copie d’écran de la chaîne Youtube de la ville de Versoix. 22 vidéos. Seule la facture de l’installation du Conseil municipal (6 000 francs environ) nous a été communiquée.


La chaîne youtube de la ville de Versoix https://www.youtube.com/channel/UCBEwOfUd1MQQk2F3bP8k6OA/videos

Aucune facture également concernant les films tournés pour le Festichoc (manifestation organisées par la ville de Versoix). Plus de 58 séquences sont pourtant visibles sur le site.

Copies d’écran de la chaîne Youtube du Festichoc (organisé par la ville de Versoix). Plus de 90 vidéos, aucune facture

https://www.youtube.com/channel/UC6QW5xClEEqM5px-xZUAtwQ/videos

La facture ci-dessous pose également d’autres questions. Elle est datée de décembre 2017 et concerne la route Suisse. Montant : 10 000 francs.

La facture concerne une prestation vidéo pour la Route de Suisse. Banque d’image drône + images au sol – 4 demi-journées. Avec au final la production de quatre vidéos.

Selon ce document, quatre vidéos auraient dû être réalisées. Aucune image liée à cette prestation n’est pourtant disponible ni sur la chaîne Youtube ni sur le Facebook de la ville ni nulle part ailleurs sur le net, et ce n’est pas faute d’avoir cherché. 

Je me souviens qu’en 2018 et début 2019, j’avais posé plusieurs questions à ce sujet, toujours restées sans réponse.

Jolanka Tchamkerten, maire de Versoix


D’autres élus, contactés par la rédaction, s’interrogent encore sur l’utilisation de ces fonds. L’ancien conseiller municipal (PS) Michel Zimmermann, membre de la commission Culture et communication entre 2015 et 2020, s’est dit surpris de l’existence de cette facture de 10’000 francs, d’autant qu’il se souvient d’une dépense d’un montant équivalent sous la rubrique « médias audiovisuels » dans les comptes de 2017 qui, malgré de nombreuses et réitérées demandes de la part d’élus n’a jamais véritablement été expliquée. Une commande de films avec des drones avait, se rappelle-t-il, bien été évoquée tant par M. Séchaud que par M. Lambert, cependant, malgré leur insistance, les élus n’ont jamais rien vu, ajoute-t-il. Il se dit d’autant plus surpris que les films avec des drones destinés à documenter les travaux de la Route de Suisse relevaient d’une autre enveloppe, celle dédiée aux dépenses municipales pour les travaux de la Route de Suisse. Autrement dit, rien à voir, selon lui, avec la mystérieuse dépense de 10’000 francs inscrite à la ligne budgétaire concernée. Monsieur Zimmermann note que Monsieur Lambert avait été interrogé de nombreuses fois à ce sujet et qu’il avait affirmé, fin 2018, que le fameux film était au montage et qu’il serait bientôt visible. Puis, quelques mois plus tard, en janvier ou en février 2019, toujours sur le même thème, l’élu socialiste se souvient que Cédric Lambert avait dit ne pas savoir ce qu’il était advenu de ce reportage, mais qu’il irait aux nouvelles. Puis, plus rien…  Pour l’ancien conseiller municipal socialiste, même s’il dit ne plus s’intéresser à la politique communale, un sérieux doute subsiste.
Jolanka Tchamkerten (Les Verts), actuellement maire de Versoix et ancienne conseillère municipale, membre de cette commission lors de la précédente législature nous écrit : “Non, je n’ai malheureusement pas vu ces vidéos. Je me souviens qu’en 2018 et début 2019, j’avais posé plusieurs questions à ce sujet, toujours restées sans réponse. L’élue, membre d’un Conseil administratif qui “estime avoir répondu à nos questions“, s’en pose visiblement toujours…
D’autres élus confirment également avoir réclamé des explications, sans jamais les obtenir.

Concernant cette même facture, Julien Marquis (PLR), membre, puis président de l’ancienne commission culture et communication et aujourd’hui président du Conseil municipal, rappelle aussi certains principes qu’il juge essentiels : « Le Conseil municipal adopte chaque année un budget consacré aux « médias audiovisuels ». Comme pour toute autre dépense qu’il autorise, il a le droit, sinon le devoir, vu le règlement cantonal sur l’administration des communes, d’exercer son contrôle, c’est-à-dire d’obtenir de l’exécutif des explications complètes et étayées sur la manière dont l’argent du contribuable est dépensé. »

La rédaction a tenté d’obtenir des éclaircissements concernant l’ensemble des éléments ci-dessus posant des questions. Voici la réponse du responsable de la communication :
Le Conseil administratif considère avoir répondu aux demandes formulées précédemment et ayant fait lobjet de la médiation par le Préposé cantonal à la protection des données (PPDT). La demande que vous formulez aujourdhui est une nouvelle demande. Il évalue actuellement le temps nécessaire aux recherches qui devront être entreprises pour répondre à votre demande, estime le coût de ces prestations de recherche, de façon à vous permettre de connaître le montant qui vous sera facturé, détermine un délai dans lequel il pourra répondre à votre demande.”
La Mairie demande donc qu’une deuxième demande LIPAD soit formulée alors même que des interrogations se posent toujours sur la première. Et elle serait payante !? Tout cela, alors que des membres du personnel politique de la commune s’interrogent encore sur les tenants et aboutissants de certaines dépenses inscrites au budget de la communication. Sans oublier le Président du Conseil municipal obligé de rappeler le rôle de contrôle de cette assemblée, notamment lorsqu’il s’agit de connaître l’objet de certaines dépenses. 

En conclusion de cette enquête, malgré ces semaines d’attentes et les interventions du préposé à la LIPAD, le résultat est contrasté. D’un côté, sans l’implication du préposé à la transparence, nous aurions fait chou blanc. Son intervention a donc été essentielle. De l’autre, lorsqu’on met en parallèle le peu de factures reçues concernant les vidéos réalisées entre 2017 et 2020 et le nombre de productions publiées par la Mairie de Versoix sur les réseaux sociaux pour la même période, on s’interroge. Au même titre que d’autres élus d’ailleurs. A vouloir rester hermétique à toute forme d’explication, la Mairie de Versoix laisse passer l’occasion de dissiper plusieurs zones d’ombre. Elle s’expose, aussi, à un certain nombre d’interprétations sur ce refus de communiquer.

A lire également sur le même sujet : Le préposé cantonal à la transparence a pleinement joué son rôle.


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